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Kristel Froger et son ouvrage paru dans la collection Easy des cuisines du monde

Mango, l’éditeur français de livres pratiques « inscrits dans l’air du temps », vient d’introduire la cuisine mauriciene dans sa collection Easy des cuisines du monde. Cette inclusion est l’aboutissement du travail passionné de Kristel Froger, jeune Mauricienne installée à Evreux en Normandie qui, en 2013, initiait le blog « L’Atelier de Kristel ». Depuis, ceux qui la suivent ont insisté pour qu’elle leur procure un ouvrage sur support papier afin de se mettre à sa suite. C’est fait. Et bien fait.

« Croyez-le ou non mais j’étais une quiche en cuisine. D’ailleurs personne n’aurait misé sur moi à l’époque ! », nous avoue la trentenaire. L’autrice de cet ouvrage joue franc-jeu. Elle ne cuisinait pas à Maurice « puisque maman faisait tout et je n’avais qu’à mettre les pieds sous la table ». Jusqu’au jour où elle se retrouve à Bordeaux en 2008 en vue de décrocher une licence en Langues Étrangères Appliquées Anglais/Espagnol. Et là, il a bien fallu qu’elle se mette aux fourneaux.

Certains manques vont contribuer à la transformation de la jeune étudiante. « Je voulais retrouver les saveurs et les souvenirs de mon pays et de ma famille qui me manquaient ! », raconte-t-elle. Les souvenirs vont alors surgir. Elle réalise qu’elle a toujours écouté les secrets et les conseils que s’échangeaient ses proches lorsqu’ils parlaient de leurs recettes : « Je me suis mise à me rappeler des astuces des uns et des autres et ma mémoire visuelle et gustative y ont aussi été pour beaucoup ! ».

L’environnement culturel et commercial vont aussi apporter leurs lots de défis conceptuels que Kristel Froger relèvera au fur et à mesure. Elle s’y prend en appelant sa maman au téléphone pour plus de recettes, ou en allant faire des courses… pour se rendre compte que certains produits ne sont pas accessibles faute de demande pour ce type de produits considérés exotiques. Qu’à cela ne tienne, elle jette un regard neuf sur l’existant et apprend à cuisiner différemment avec les produits disponibles. « En France, les produits locaux et de terroir sont aussi très importants, ainsi que la traçabilité, la saisonnalité, etc. Aujourd’hui j’essaye de cuisiner en fonction et il est très facile d’adapter la cuisine mauricienne qui est déjà cosmopolite », constate-t-elle.

Ce qui donne à Kristel davantage l’envie de cuisiner, c’est quand elle découvre cette gastronomie française qui se donne à voir : «  Le visuel est très important et j’ai voulu faire pareil avec la cuisine de chez moi, comme je suis une artiste et que j’accorde beaucoup d’importance à l’esthétique ! En France, les produits locaux et de terroir sont aussi très importants, de même la traçabilité, la saisonnalité… Aujourd’hui j’essaie de cuisiner en fonction de ces paramètre et pour moi il est très facile d’adapter la cuisine mauricienne qui est déjà cosmopolite ».

Du chutney… pour le foie-gras!

La cuisine mauricienne est pour Kristel ce « vaste mélange de cultures et d’influences venant de partout ». Elle n’a pas vraiment cherché à adapter, mais plutôt à améliorer, notamment au niveau des produits utilisés ou certaines méthodes pour rendre cette cuisine mauricienne plus raffinée : « Mon napolitain n’est pas sec mais fondant, mes œufs rôtis sont réalisés avec les œufs de mes poules, mon poulet ou ma viande sont fermiers… Je veux montrer que la cuisine mauricienne ne rime pas avec le bas de gamme. Au contraire ! J’ai aussi détourné certains plats comme le sacre manga qui est une spécialité tamoule que l’on mange pendant les cérémonies religieuses et en France je le sers comme chutney pour aller avec le foie gras ! »

Mais tout ceci n’arrive pas du jour au lendemain. La vie de l’étudiante aura été tout comme sa cuisine, avec plusieurs plats sur ses feux en même temps. La voici au début ambassadrice de la ville de Bordeaux, figurant aussi bien dans les magazines de la ville que sur les affiches publicitaires et participant à des défilés. Elle fait aussi du street marketing ou travaillant l’été comme hôtesse de vente dans la célèbre boutique de cannelés “Baillardran”.

Elle a même eu un groupe de danse Bollywood et de séga à Bordeaux. Elle résume ainsi ces multiples initiatives : « C’était important pour moi de profiter un maximum de ce que la France pouvait m’apporter en terme d’opportunités et faire ce que je n’avais jamais pu faire à Maurice. D’ailleurs pendant cette période, j’ai participé à des castings et j’ai pu passer à la télé en 2010 dans l’émission Côté Cuisine aux côtés de Julie Andrieu sur France 3, puis en 2012 j’ai fait un court passage à MasterChef sur TF1 ».

Et c’est sur France24 que Kristel Froger annonçait la sortie prochaine de son livre

« Mes rêves de petite fille, c’était de devenir chanteuse, styliste de mode, dessinatrice, animatrice télé ou journaliste. A 22 ans, j’étais très contente d’avoir pu explorer tellement d’univers artistiques différents ! », dit-elle en regardant dans le rétroviseur des décennies. Après son périple bordelais, Kristel jongle entre la Normandie, (elle vivait à Guichainville à côté d’Évreux) et Paris où elle poursuivait ses études. La voici diplômée en 2015 : elle a fait un Master 1 en Marketing Digital et Médias Sociaux et un Master 2 en Journalisme, Médias Numériques et Brand Content. Et là, elle met un terme à cette vie de transit où le train la menait entre Paris et Evreux.

Elle avait fait le pari de pouvoir vivre de son activité de blogueuse, de créatrice de contenu ou encore d’influenceuse. C’est ainsi qu’elle a lancé des ateliers culinaires de cuisine mauricienne chez elle, ce pour quoi elle est reconnue aujourd’hui. Elle décidait en même temps, avec ses compétences en marketing digital, de reprendre son blog en main, d’en faire la refonte, de travailler sur une ligne éditoriale, une charte graphique, etc. « C’est à ce moment que j’ai orienté mon blog vers la cuisine puis en 2016 sur la cuisine de mon pays natal », explique-t-elle.

Car, L’Atelier de Kristel est un blog qu’elle a crée en 2013 durant sa première année de Master en Marketing Digital & Médias Sociaux. Il s’agissait d’un moyen pour s’autoformer en webmarketing de façon ludique tout en évoquant ses passions. « Ce n’était pas porté uniquement sur la cuisine mais c’était plutôt lifestyle du fait que je suis une artiste et que j’aime créer dans beaucoup de domaines. Le choix du nom est lié à cela, L’atelier de Kristel, c’était L’atelier de l’artiste ! », nous confie-t-elle.

Kristel va découvrir la logique des gestations et des doutes qui lui sont propres. Malgré son sens de l’initiative, elle ne voit rien se passer avec son blog et son atelier. Entretemps, elle entame elle-même sa grossesse. Elle est, depuis quatre ans, maman du petit Benjamin. « C’est à sa naissance que tout ce que j’avais semé durant des années a commencé à germer. J’étais appelée de partout pour divers projets ».

Vous pouvez suivre Kristel Froger sur sa chaîne YouTube

Pendant le confinement, ayant toujours travaillé seule, la voici débordée face aux sollicitations. Elle engage ainsi sa première stagiaire durant cette période. « Elle m’a beaucoup épaulée. C’est cette même année que j’ai décidé de voir plus grand en créant mon agence de communication événementielle spécialisée dans les métiers de bouche et de l’agroalimentaire : l’agence Kristel Food – Com & Event », raconte-t-elle. Rome ne s’est pas faite en un jour, philosophe aujourd’hui la jeune femme.

Hier ambassadrice de la ville de Bordeaux, aujourd’hui assumant la fonction pour son pays. De sa propre initiative. Réalisant seulement que le temps met parfois du temps… pour arriver au bon moment !

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